
Vampire
Le buveur de sang fait partie de notre iconographie depuis le début du XXe siècle, bien que l'écriture en ait préalablement fait une icône - c'est dire - du romantisme, lors de la sortie du Dracula de Bram Stoker. Contrairement à la croyance profondément ancrée, ni M. Francis Ford Coppola, ni Bram Stoker, ni Christopher Lee ni encore Bela Lugosi ne sont les parents d'un monstre aussi attirant que millénaire.
Pour tordre le cou à un mythe, Dracula est un prince (roi) roumain du XVe siècle défenseur de la chrétienté contre les Ottomans. Vlad III, Tepes - l'Empaleur - dit Drakul ou Draculea - en roumain aussi bien Dragon que Diable, surnom donné par ses chroniqueurs d'après son nom de famille qui est Basarabi – fut Voïvode de Valachie en 1448, 1456-1462 et 1476. Les premières références au surnom de Tepes "le prince empaleur" datent de 1550 dans les chroniques de Valachie.
Pour remonter à l'écriture romantique de la créature meurtrière et hémophage, il faut glisser vers la fin du XVIIIe siècle. En effet, la première entité buveuse de sang de la période romantique est le fruit de l'imagination de Goethe, qui décrit sa fiancée de Corinthe comme une femme morte-vivante se nourrissant d'humeur sanguine. Il y a encore John Stagg en 1810, John William Polidori en 1819 et Sheridan Le Fanu en 1872 mais aussi une pléthore de plus en plus nombreuse tels que Théophile Gautier, Hoffman ou Tolstoï pour développer des histoires sur le même thème. Maupassant et son Horla font partie des classiques de l'histoire du Vampire.
Pourquoi cet incroyable engouement pour les créatures nocturnes possédant les esprits et buvant du sang pour survivre ? Deux thèmes particuliers se dégagent. Le premier, c'est la punition : la soif, le besoin le plus naturel mais aussi le plus mortel, bien avant la faim même, et le second la vie éternelle. En premier lieu, la quasi intégralité des civilisations depuis l'antiquité jusqu'à nos jours a développé un mythe approchant celui du vampire.
Depuis le Ghûl Egyptien - à ne pas confondre avec notre mort-vivant nécrophage la goule - qui porte encore des lettres de noblesse dans notre littérature actuelle - lire Le sang du temps par Maxime Chattam chez Michel Lafon - jusqu'aux horreurs Vaudou tel que Baron Samedi - ou Baron-la-Croix - Maître des morts, le concept du Vampire est développé autour de points immuables. En premier lieu, c'est un Damné, un fautif cherchant repentance ou un substitut du Démon. Son péché est la luxure, il est lucifuge - ne supporte pas la lumière du jour - et hémophage. Il est aussi immortel ou mort-vivant suivant les légendes, ce qui revient à vivre une éternité.
Il faut comprendre que le concept d'éternité est intimement lié au concept de mort qui est elle-même liée aux circonstances. La plupart des morts étant sanglantes, le sang est un symbole de vie mais aussi de pouvoir. Voilà la raison de l'existence d'un mort-vivant tel que le Vampire. Il est charismatique, puissant et immortel, mais contre-nature et donc damné. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la plupart des vampires de nos légendes urbaines ou littéraires sont aussi amoraux que vicieux. En outre, si l'on étudie la conception de la vie sous l'angle de l'éternité, il est évident que le concept d'âge est assez vague, surtout quand le temps s'est arrêté pour vous de façon à vous offrir le moyen de chasser.
Il est à remarquer que les vampires des origines ne sont pas des créatures au charisme incroyable ni à l'intelligence hors du commun, ce sont des morts-vivants décérébrés et violents. C'est le cas du Ghûl Egyptien qui presse ses victimes comme des oranges ou du Vampyr des Balkans qui cherche au hasard une victime après sa mort pour la déchiqueter de ses crocs.
Dans certains cas, les créatures approchant du vampire sont d'ordinaires citoyens. Le Grec Vrykolakas est un être non humain, éternel mais qui vit comme tout un chacun, retournant à son sépulcre le dimanche uniquement et ne craignant pas la lumière du jour. C'est aussi le cas de certaines légendes de la Nouvelle Orléans, où un vampire Jazzman, très certainement inspiré du Baron Samedi, remontait le temps d'une heure pour pouvoir satisfaire ses envies de sang sans se faire prendre lors de son meurtre.
L'explication du mythe du vampire peut aussi se faire de façon plus rationnelle, par exemple, les cas de vampirisme. Il est évident que le cinéma a énormément démocratisé cette légende, depuis le très connu Nosferatu (1922) à Prédateurs (1983) - David Bowie et Catherine Deneuve - suivi de Lost Boys (1987), Entretien avec un Vampire (Anne Rice - 1994) ou encore Vampires (John Carpenter - 1998). La télévision n'est pas en reste avec Buffy contre les vampires (1997) par exemple.
Cette créature représente la recherche de la perfection de nos sociétés, Sensualité, Immortalité et Pouvoir. Il reste toutefois possible d'expliquer les cas de vampirisme - prétendus - par des moyens plus rationnels tels que des maladies. La catalepsie par exemple provoque un état de parfaite paralysie, difficilement différentiable d'un état de "sommeil mortel". C'est pourtant un symptôme psychiatrique se retrouvant dans des maladies telles que la schizophrénie ou dans le cas d'un état hypnotique profond. C'est d'ailleurs ces raisons qui semblent vouloir expliquer les cas de zombification ou de vampirisme vaudou - généralement après un enterrement accidentel de la victime qui excite les imaginations. On peut aussi citer la porphyrie, le xeroderma ou le lupus, qui ont pour symptômes des modifications de la peau (peau très blanche par exemple), des hyper photosensibilités ou des rejets corporels sanguinolents. Ajoutez la caractéristique anti-putréfaction de l'arsenic par exemple pour obtenir un caractère ésotérique et vampirique indéniable.
Il reste qu'en général le vampire a pour raison d'être de nous faire frissonner devant un bon livre et qu'il peut aussi être très jouable - Legacy of Kain, BloodRayne, Vampire : Redemption ou Bloodlines pour les jeux vidéo, Vampire : DarkAges, Mascarade, Requiem pour les jeux de rôles.
Voici donc vos premiers pas dans l'univers du Vampirisme, protégez vos jugulaires...
Par Nehwon